Les heures lentes

C’est étrange cette difficulté que l’on peut avoir à se laisser aller vraiment, et surtout à ne rien faire du tout, sans culpabiliser, ça vous  le fait aussi ? Pourtant il est parfois nécessaire de ralentir le rythme…

respire

Dormance Petit Chat Grain

Je suis plutôt du genre à ne jamais savoir me poser réellement. Même quand je veux essayer de faire une micro sieste, mon esprit continue à cogiter. Je dirais presque encore plus dans ces moments là ! Normal, vu que c’est un moment de relâchement . Vous avez remarqué, c’est toujours lorsque l’on est sous la douche, en train de conduire, de faire une rando, ou de faire du yoga que les bonnes idées arrivent. Et il faudrait avoir sur le champs, un carnet en poche pour tout noter. Donc une seconde après m’être allongée, je me relève pour noter à quoi je viens de penser ou carrément  le faire . Et m’allonge de nouveau, et c’est un ballet incessant. Donc en général j’abandonne l’idée de faire une sieste très rapidement. Dès que je ne travaillais pas, je me sentais obligée de charger mes journées, j’essayais de voir des copines, de me faire des listes des choses à faire etc etc. Alors que tous les éléments dont je remplissais mes journées me plaisaient, je me sentais quand même stressée, fatiguée, voire submergée…

6.22.15. Ain't nothing better then taking off on a Monday, ain't nothing worse then being sick on that same Monday. ~yelena bryksenkova:

illustration Yelena Bryksenkova

Pour la majorité d’entre nous,  « malheureusement » nous attendons d’être malade pour vraiment ne plus rien faire. La fièvre ou les douleurs commandant notre quotidien. Et c’est bien dommage. Il semblerait que notre société voit d’un mauvais oeil le fait de paresser, de rêvasser, de prendre son temps. Ce qui fait que pour beaucoup d’entre nous il est difficile de le faire sans culpabiliser.Il faut être efficace, productif, actif ! Pourtant, lever le pied est si bénéfique, cela nous permet de nous recentrer, de nous retrouver, de reprendre des forces. Je ne dis pas de vivre toutes les semaines de sa vie tel un paresseux (l’animal), mais de s’octroyer régulièrement des pauses. Il est reconnu que ne rien faire quelques minutes, même pas méditer ou écouter de la musique, rien de rien , a un impact positif d’un point de vue cognitif. Cela permet entre guillemets de remettre les choses en place, de voir plus clair.

Rainy Day by Yelena Bryksenkova:

Illustration Yelena Bryksenkova

Au mois de janvier après plusieurs mois chargés, une démission d’un emploi qui m’épuisait, un enchainement direct avec un nouveau job à appréhender, les rdv pôles emploi, quelques petits soucis de santé. J’ai eu dix jours sans rien entre deux missions..comme à mon habitude, je me suis mise la pression en me disant « j’en profite pour voyager, ça me fera du bien, il faut que je parte,il faut que je fasse quelque chose,  il faut que je parte…oui mais où? » Il faut...Bref, je n’arrivais pas à fixer une destination, regarder les bus ou les trains me barbait..Il fallait que je suive ce premier instinct. Finalement le temps n’était pas au beau, et ma santé tirait encore la sonnette d’alarme. Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis laissée ne rien faire. J’ai compris énormément de chose pendant ces quelques jours au ralenti. Bien sûr, je n’ai pas d’enfants à charge ou de compagnon avec qui devoir faire la discussion, c’est peut être plus facile. Mais je reste persuadée qu’il est possible de s’offrir une petite coupure quotidienne, ou au pire hebdomadaire même dans ces cas là. C’est même vital.

« Nous épouser la femme et acheter les livres avec lesquels nous voulons vivre » - andré maurois    impression NUMERIQUE (dune aquarelle et gouache:

Illustrations Yelena Bryksenkova

J’ai vécu pour la première fois au rythme de mes envies, sans culpabiliser. Sans imaginer un regard extérieur, jugeant, sans question de bien ou de mal. Juste en ayant conscience que ce que je faisais était bon pour moi. J’ai trainé en tenue décontractée (pour ne pas dire en pyjama) pendant des heures, me recouchant quand je m’en sentais le besoin à n’importe quelle heure, sans me dire que ça allait m’empêcher de dormir, sans même parfois sommeiller. Seulement profiter d’être sous la couette et d’écouter la vie dehors. Je n’ai fait aucune liste de choses à faire, à finir. Je ne suis pratiquement pas sortie de chez moi. Et finalement j’ai fait plus de choses que lorsque je me fait des to do list incroyablement longues. J’ai compris que c’était cela qui me bloquait, regarder mes tas de tissus qui attendent, mes vêtements posés sagement pour être raccommoder, la liste des films et des séries à voir, la pile de livre à lire ,plus le ménage, les courses, etc. et voir tout cela comme des urgences, des obligations. Cela me coupait la motivation avant même de m’y mettre, je ne savais pas par où commencer . C’était trop à gérer d’un coup . Ces listes mettent la pression, car si en plus on ne les a pas terminés on se sent mal, c’est écrit noir sur blanc là : tu n’as pas lavé les vitres, et tu n’es toujours pas passé chez l’horloger !Feignante ! Alors que , -durant cette parenthèse- quand je faisais les choses au moment où j’en avais vraiment envie, et que je me sentais dispo, je le faisais avec plaisir et efficacement. J’ai compris également, que je n’avais pas à partir , voyager, changer de cadre pour me ressourcer. Que je pouvais le faire chez moi, tout simplement en m’écoutant. Il fait beau mais je ne sors pas prendre le soleil…pour une fois, est ce si grave ? Si sur le moment, l’envie de regarder ma collection de carte postale me prend. L’important  c’est ce que l’on ressent sur le moment. J’ai évité l’ordinateur. Tout ça à fait, que j’ai senti mon esprit au repos, et beaucoup plus apte à réfléchir et prendre des décisions . Cela m’a aidé à me remettre à écrire par exemple. Ce dont j’avais besoin. Et dont j’ai encore besoin 🙂 ma phase de transition n’est pas terminée, il y a encore des décisions à prendre. Mais comment les prendre quand on se sent toujours pressé comme un citron ?

Ces heures lentes nous permettent de nous construire, contrairement à ce que l’esprit commun pourrait nous faire penser. Et je parle bien, de prendre le temps, de suivre ses envies, de lire, d’écouter le silence, d’observer le ciel, pas de rester devant la télé des heures durant. Même si ça peut faire du bien de temps en temps aussi, pour relâcher les tensions. Juste se laisser porter.

(Les illustrations de cet article sont d’une créatrice dont j’adore le travail, si vous voulais connaître plus son univers :son blog et sa boutique en ligne )

 

De la nature

Aujourd’hui la lumière est belle. De ces belles lumières d’hiver en Provence que j’affectionne. Le ciel clair et large se voit traversé par quelques morceaux de ouates effilochés. Je vois les branches de  l’arbre sur la place bouger avec énergie. J’imagine combien le vent doit être froid. J’observe cela derrière ma vitre une tasse de tisane non loin de là, dans ma djelaba aux allures art déco, mon uniforme des jours ralentis. Une partie de moi me dit que je devrais sortir, profiter de ces rayons, partir, rejoindre la nature environnante, trouver comme je sais bien le faire l’endroit idéal qui  mêlera calme et bain de soleil hivernal. Pour lire, écrire, ou juste observer, écouter  et me laisser emplir de cette magie ancestrale. Mais pas aujourd’hui, aujourd’hui est un jour silencieux, introspectif mais casanier. Où je me laisse enfin porter par mon rythme interne. Ce rythme qui permet de tirer des conclusions, des leçons. Et me rappelle, -même si j’en avais déjà conscience- en ce début d’année d’une manière forte et évidente,que la nature est essentielle à mon bien être et à mon équilibre .Quasi vitale.

campagne coutançaise

crédit photo :Dormance Petit chat Grain

Avec le temps, j’arrive à définir ce qui me fait du bien, et dont je dois jalonner ma vie pour faire face à ses intempéries. Selon les moments, me faire une journée seule coupée du monde ou  au contraire m’entourer d’amis, me réchauffer de leurs récits et de leurs rires. Voir du « beau », aller au musée, visiter un lieu nouveau, m’extasier face à une façade ancienne ou un tableau ayant traversé les décennies. Etre sur scène. Faire du yoga. Ou encore et surtout aller marcher dans la nature, la campagne, la garrigue, les dunes, quelque soit son aspect .

Etrange fait que celui de ne pas s’écouter intérieurement. On sait ce qui nous fait du bien, mais passer le pas de mettre ses chaussures de marche et d’aller  se perdre dans les arbres et les herbes hautes, paraît parfois si compliqué.Pourquoi ? La fainéantise du bien être, ce petit masochisme du quotidien. Peut être.

Etre dans la nature me ressource, me recentre, me nourrit. Cela relance la machine. Et je suis convaincue, que je devrais à terme me défaire de la vie citadine et de ses facilités, et ne plus me contenter que de ballades par ci par là, ou de weekends dans la maison parentale au milieu des pins et des chênes. Afin que même les heures lentes, je puisse par ma fenêtre n’apercevoir que du végétal. Entendre le chants des oiseaux. Regardant le paysage changer au fil des saisons.Observant avec amusant les facéties félines. S’accorder au tempo des éléments. Afin d’avoir cette vraie sensation de globalité. Je comprends encore mieux pourquoi cela me touche lorsqu’on ne respecte pas l’environnement, mon environnement. Cette partie de moi, cet organe supplémentaire. J’ai parfois du mal à comprendre que cela ne soit pas de même pour tout le monde. Leurs racines sont coupées, car je reste persuadée que ce lien à la terre est primordial pour tous les humains. Nous ne pouvons vivre sans la faune et la flore. Nous sommes intimement reliés à elles.

Asnelles Calvados

Crédit photo : Dormance Petit Chat Grain

Je ne veux plus oublier à quel point cela m’apporte. Je ne veux plus trouver d’ excuses, me laisser happer par quelconque technologie. Je ne veux plus passer à côté de ce qui me nourrit et m’équilibre. En ne le plaçant pas dans mes priorités. Malgré la fatigue chronique qui est ma principale compagne. Je vous souhaite également de trouver ces moments pour vous, ces petits bonheurs qui requinquent. Pour cette année, et celles à venir. Penser à nous est primordial, savoir être égoïste est parfois nécessaire. Nous sommes en plus dans la meilleure période pour ce cocooner , alors profitez en un maximum !

Prenez soin de vous,et n’arrêtez jamais de vous émerveiller de ce qui nous entoure.  🙂 Laissez vous toucher par un rayon de soleil, vous émouvoir par les couleurs du ciel, remplissez vous de toutes ces belles énergies.