Voyager seule

Avez vous remarqué que lorsque l’on fait des choses seul(e) on est presque louche ? Associable, solitaire…et totalement imprudent. Encore plus pour les femmes.

J’ai appris tout doucement à oser faire certaines choses seule. Aller au cinéma premièrement . Puis aller au restaurant par exemple. Il y a quelques temps, j’étais amené à  me déplacer régulièrement pour mon travail. Et il m’arrivait d’avoir beaucoup de temps entre deux trains. J’ai un jour osé aller au restaurant non loin de la Gare de Lyon, avec un bon bouquin. Et c’est en fait passé comme une lettre à la poste. Par la suite, lorsque j’habitais en Normandie, j’ai décidé d’aller marcher seule dans la campagne. Parfois, je prévenais juste une amie, ou mon amoureux de l’époque que j’allais randonner et je précisais où. Mais c’était plus pour rassurer mon entourage que moi même au fond. Et un couteau dans la poche , pour me rassurer moi (car à vrai dire, je ne sais pas si je serais capable de m’en servir) Dans un coin de ma tête restait le  défi de faire un vrai voyage seul. Cela faisait partie de ma liste de choses à faire avant… Mais j’avais un peu peur, et ce n’était pas une envie profonde, car pour moi le voyage c’était le partage. Donc je m’étais dit que je partirai plutôt en France pour commencer…Le temps est passé, et je suis allée à un rassemblement d’Aventurier du bout monde à Paris (ici), un festival qui regroupe ceux qui voyagent autrement, ceux qui décident de faire le tour du monde ou d’arpenter les chemins de la campagne française, à pieds, en vélo, avec un âne ou encore un combi . J’ai assisté à la conférence d’une jeune femme qui voyageait seule, sa démarche aller jusqu’à partir sans argent, elle faisait du stop, dormait sous une tente et récupérait la nourriture invendue des magasins. Elle expliquait ses « astuces » et surtout elle a parlait de la zone de confiance et zone de défi:images (3)

Sylvain Tesson l’écrivain voyageur en parle souvent aussi, en terme de ligne jaune à bouger et dépasser. Notre zone de confort n’est pas définitive et immuable. Elle se transforme en fonction de notre comportement. Elle peut rétrécir dans les moments de doutes, d’angoisse, de mal être etc. Comme elle peut s’agrandir. En fait, petit pas par petit pas vers la zone de défi, on élargit sa zone de confort. Et ainsi diminuer la zone de panique .Nous pouvons aller toujours plus loin, il suffit de s’écouter et être attentif.

Pour mes 30 ans ma famille et mes amis se sont cotisés pour m’offrir un voyage en Angleterre. La vie à fait que j’y suis partie seule. Moi qui n’osais toujours pas partir, et me bridais en voulant au départ partir en France seulement. Et je crois que c’est ce qui m’ait arrivé de mieux, ce fait accompli m’a bougé les fesses. J’ai donc préparé le voyage, j’ai pris mes billets et décidé d’un parcours. Je m’étais fixé de faire un itinéraire sur le thème de la légende Arthurienne. J’ai réservé seulement ma première nuit à Brighton , puis je me suis laissé la liberté de rester plus ou moins longtemps sur mes étapes selon mon envie.

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J’ai l’impression que l’angoisse est plus présente avant de partir,et qu’une fois un pied dans le pays  elle s’envole. En tout cas, c’est mon ressenti. Je n’ai jamais eu peur, je ne me suis jamais sentie en danger. J’ai même eut l’impression d’être porté et que tout s’est écoulé comme une évidence. Car même dans les moments compliqués j’ai gardé espoir. Rien que mon arrivée a été assez floklo, une fois à Londres j’avais prévu de prendre la navette jusqu’à Victoria Station pour prendre un train pour Brighton. Mais il y a eut d’énormes embouteillages qui m’ont fait arriver très tard  à l’auberge de jeunesse. Je me répétais qu’il y aurait quelqu’un pour m’attendre, et ça était le cas (je suis quand même arrivée 3h en retard ne pouvant les joindre). J’ai fait tout mon séjour en train et en bus. En robe et en doc marteens.  Et je me mettais à chercher vers 17h mon lieu d’hébergement pour le soir (ce que je ne ferais plus de la même manière la prochaine fois), car en Angleterre les boutiques et les musées ferment à cette heure là. J’ai eut quelques sueurs froides, devant les portes qui se fermaient devant moi affichant complet, mais là aussi je savais que dans tout les cas quitte à claquer une fortune dans un hôtel quatre étoiles (ce qui m’est arrivé à Winchester) ou demander à être hébergé chez l’habitant , je dormirai sûrement à l’abris. Etant dans cet état d’esprit positif, je suis toujours tombée sur des gens aidants et aimables. Je marchais beaucoup au grès des rues, jusqu’à épuisement (comme toujours) mais jamais la nuit.

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Grâce au réseau wifi facilement accessible, pour rassurer mes proches je mettais régulièrement des photos de mon périple, mettant en scène Babouchka, ma compagne de voyage via Facebook. Et j’envoyais des sms. Je ne pouvais pas m’étendre sur ce que je faisais, mais je leur précisais où je me trouvais. J’ai dû m’adapter aux impondérables, je suis déjà d’une nature à m’adapter assez facilement, surtout dans des situations où tout prête à relativiser. Fait qui a mon sens a été simplifié ,car j’étais, justement,seule.  Cette expérience m’a encore plus appris à me réjouir de chaque instant, et à m’émerveiller sur ce que la vie nous réserve ou de ce que l’on peut en faire. J’ai même osé faire de l’auto stop, ce que je ne fait jamais en France, mais comme j’avais lu dans le guide du routard (mon seul grigri pendant cette escapade) que cela se faisait beaucoup en Angleterre, alors j’étais confiante. Et effectivement ça s’est bien passé, j’ai attendu longtemps, j’ai finalement changé ma destination. Mais je crois qu’il n’y avait pas de hasard ; dans la rencontre que j’ai fait à ce moment là. J’étais à Stonehenge, ce moment a été juste incroyable , (je ne raconterai pas l’anecdote un peu longue) et la jeune fille qui m’a pris en stop, était une employée de ce lieu mythique. Elle m’a conseillé de venir au solstice ( ce que je veux faire depuis des années) car l’accès y est gratuit et on peut toucher les pierres. Je lui explique la démarche de mon voyage , comment je le vis etc, et la voila qui me dit qu’elle rêve de partir seule depuis des années en Islande. Et que mon histoire lui donne envie d’enfin sauter le pas ! Rien que pour ça, je n’ai pas regretté d’attendre 1h le pouce en l’air.

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J’aurais voulu que ce voyage dure encore et toujours ! Beaucoup vous dise, que lorsque l’on part seule, on n’est jamais vraiment seul. Les rencontres sont plus propices. Etant plutôt dans un voyage introspectif, un défi personnel. Je n’ai pas vraiment crée de lien. Mais la porte qui s’est ouverte en moi pendant et après ces quelques jours m’a appris énormément sur moi. Mais aussi sur les peurs, et le regard des autres. Je n’ai jamais voulu donner plus d’importance aux psychopathes qu’ils n’en ont. En parlant autour de soi , nous avons l’impression que le monde est un terrain miné. Je suis allée en Bosnie j’ai vu de vrais terrains minés dans des endroits qui vous auraient donné envie de gambader les chaussures à la main. Voyager seul n’a rien à voir avec ça. Comme tout ces moments où l’on ose  franchir cette fameuse ligne  jaune, on se demande pourquoi on ne l’a pas fait avant. Comme si une partie de notre cerveau nous dit « ah mais ce n’était que ça ! « . J’ai rencontré plus de gens néfastes et instables dans ma vie de tous les jours qu’en partant en vadrouille. Je crois qu’avec le temps le voyageur se crée un radar, qui mêle la prudence et la capacité de laisser une chance. Voyager seul, c’est une bouffé d’être pure, une remise à niveau, une redécouverte de soi perpétuelle. Je me suis surprise face à mes capacités, j’ai été fière de moi.  C’est une vraie liberté d’organisation et de mouvement, qui permet de s’écouter vraiment. Parce qu’à force d’attendre les autres pour agir, on peut attendre longtemps…Depuis, j’ai le besoin de partir seule, car je sais que cela me fait du bien. Deux jours par ci par là, qui valent 10 ans de psychothérapie. Cela m’a ouvert la voie vers de nouvelles aventures. Car j’estime que le défi n’était pas si élevé, L’Angleterre étant un pays que je connais et dont je comprends la langue. Affaire à suivre…

Et vous, seriez vous tenté de partir seul(e) ? L’avez vous déjà fait ? Qu’en avez vous pensé ?

 

 

 

 

Lève toi et marche

Il est intéressant d’observer le rapport que la plupart des gens ont avec le fait de marcher. Quand nos aieux, il n’y a pas si longtemps en arrière pouvaient parcourir plusieurs kilomètres à pieds pour aller chercher de l’eau, faire les courses, aller au lavoir, à l’école ou sur leur lieu de travail. Actuellement les distances semblent faussées. Et la marche est plutôt réservée au loisir, à part bientôt pour quelques irréductibles.  Faire ses courses à pieds, ou n’importe quel parcours d’un point A à un point B. C’est une autre manière d’aborder la ville et les paysages. Pour ma part, je considère que c’est un moyen de transport assez fiable. Quelques retards à un rendez vous peuvent bien arriver, mais on ne peut s’en prendre qu’au propriétaire de la bécane ! Deux expériences m’ont marquées sur le fait de marcher dans notre quotidien.

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L’été dernier, je suis allée seule à Moulins pour un weekend découverte (article à retrouver dans la rubrique escapade) et surtout pour le centre national du costume de scène. Ce séjour m’avait été offert pour mes 30 ans, en arrivant je n’avais qu’à me rendre dans la chambre d’hôtes. Sortant de la gare, je lui passe un coup de fil pour savoir comment me rendre à pieds, jusqu’à chez eux.  -« Oulala , mais c’est loin à pieds! Prenez un taxi ! ». Elle m’explique tout de même le trajet. Qui s’avère assez simple, il m’aura fallu un quart d’heure pour l’effectuer. Si loin ! Pas tant que ça, cela avait titillé ma réflexion. Une fois chez elle, je lui explique mon programme. Et elle m’alerte en me faisant remarquer encore une fois, que de la chambre jusqu’au CNCS , c’est trèèèès loin. A l’autre bout de la ville…Je préfère en juger par moi même. J’avais le temps, c’était les vacances. J’aime me perdre dans les rues, et découvrir une ville hors des sentiers battus touristiques. J’ai bien fait de suivre mon intuition. Car le musée se trouvait tout au plus à 25 minutes de marche et encore, je flânais. Nos jambes ne sont elles plus faites pour leur fonctionnement originel ? J’y vois une sorte de flemmardise (quand on a la santé , bien sûr) , teintée d’un manque de curiosité. Etre casanier gagne du terrain…

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Autre souvenir, autre lieu.

Par une belle journée douce et ensoleillée. J’ai décidé de me rendre à pieds d’un village où je devais passer à la médiathèque, à un autre village où ma mère devait me retrouver. J’avais du temps devant moi. Et une terrible envie de marcher, de me défouler physiquement en douceur, tout en profitant de ce clément climat. Mais une jeune femme qui marche en bord de route…ça étonne. Je voulais marcher, juste marcher. Même pas faire du stop. Je sentais la chance avec moi (comme souvent quand je m’embarque dans ce genre de choses) je n’avais pas peur. Il y a environ 20 kilomètres entre les deux villages. Deux voitures ce sont arrêtées. La première un monsieur et son fils -« Vous voulez qu’on vous amène quelque part ? » « non merci, je veux juste marcher ». Ils partent. Deuxième voiture. -« On vous a vu partir du premier village, vous ne devriez pas marcher seule comme ça. Vous voulez qu’on vous amène quelque part . -Non merci, je veux juste marcher. – Non mais, vous êtes sûre ? C’est loin où vous allez. -J’ai envie de marcher, j’ai besoin de marcher. Je vous assure.Merci. »  Ils ont été insistants, mais j’ai tenu bon, de toute manière j’étais proche du but. Les gens et leurs angoisses….

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Qu’y a t il de si étrange ? Pourquoi ont ils si peur ? Les faits divers sordides mangent l’esprit des gens. Cela les coupe de la réalité. Il est bien d’être prudent. Mais comme on dit « la peur n’empêche pas le danger », alors autant faire ce dont on a envie. Moi j’étais heureuse, sereine, j’ai vu ce paysage toujours pris en bus ou en voiture avec un autre oeil. J’ai découvert beaucoup de choses. Tout ça, a de la valeur. Tout prend une autre dimension à pieds, même à vélo. Ce n’est pas juste prendre et repartir. C’est prendre conscience de ce qui nous entoure. Des distances, que veut dire « loin ». J’irais même jusqu’à dire que cela fait réfléchir à l’évolution de l’homme, du progrès technique. Toujours plus vite. Plus vite. Et après ? Ce ne sera plus assez vite. Il  faudra toujours grignoter du terrain pour rapprocher Paris de Brest, Nice, ou Bordeaux. Cette vitesse nous donne t elle réellement le temps pour l’essentiel ?

Marcher vers son travail, c’est prendre le temps de se mettre en condition. Marcher pour se mettre en jambe ou au contraire, se délester. Le genre de ressentis que l’on a pendant une randonnée, l’importance des appuis, de changer de rythme,  de s’écouter. Marcher tout simplement, pour ne pas oublier que l’on a des pieds.